21 novembre 2018

BASTA!²: VERTIGO (2018) – Music Waves Media – 21.11.2018

“Une œuvre à la musique délicate, à la fois classique et contemporaine, audacieuse sans être pour autant hermétique.”

Il est des associations tellement incongrues qu’un esprit rationnel ne les imaginerait pas. Ainsi, que dire du curieux concept de BASta!², duo belge qui nous propose un album où les deux seuls instruments utilisés sont une flûte et une… contrebasse. Il est vrai que le nom du groupe à lui seul est déjà curieux : BASta! était à l’origine le projet solo du contrebassiste et compositeur Joris Vanvinckenroye, le petit 2 en exposant s’expliquant par la présence de la flûtiste Jana Arns venue le rejoindre.

Les deux musiciens se connaissent déjà, oeuvrant au sein du groupe d’avant-garde/RIO Aranis, proche de la mouvance Art ZoydUnivers Zéro… La formation, essentiellement acoustique, a à son actif six albums peuplés de compositions mélancoliques n’évitant ni les dissonances ni les répétitions comme le veut le style musical auquel elle se rattache.

Si “Vertigo” est assurément avant-gardiste, il flirte cependant souvent avec un RIO soft, dépouillé de ses dissonances et de son agressivité, que même les plus réticents à ce style exigeant pourront écouter sans grincer des dents. Les thèmes développés tout au long de cet album sont doux et agréables, tantôt mélancoliques (‘Vertigo’, ‘Amorta’), tantôt plus légers (le cinématique ‘Blazar’, qui évoque irrésistiblement un ballet d’insectes), invitant à la rêverie (‘Insomnijana’), voire à la danse (‘Perpetuum Mobile’ et ‘Tangria’ aux rythmes chaloupés et aux ambiances sud-américaines). Mais on ne peut pas venir du RIO sans se laisser aller à quelques expérimentations : ‘Deus Ex Machina’ et ‘Nocturnus’ remplissent cet office, le premier installant une atmosphère sombre et inconfortable avec ses thèmes en boucles, le second joué essentiellement sur les notes graves de la contrebasse étant le plus expérimental de l’album.

D’ostinatos nerveux ou hypnotiques en envolées virtuoses et déliées, le temps passe sans qu’on s’en aperçoive. Si “Vertigo” n’évite pas un petit creux de vague avec le trio ‘Tipo 114’, ‘Nocturnus’ et ‘Decagoon Verkeerd’, BASta!² réalise néanmoins la performance de captiver son auditoire sur presqu’une heure avec ses deux seuls instruments. Mais, loin de se cantonner à une musique qu’on pourrait imaginer confidentielle, le duo insuffle du dynamisme à son œuvre, démultipliant ses instruments pour donner de l’épaisseur à ses compositions. Toutes les techniques sont employées et il n’est pas rare d’entendre des traits d’archet sur la contrebasse se mêler au picking nerveux de l’instrument à cordes pendant que le tapotement vif des doigts sur la caisse fait office de percussions et que la flûte superpose chant et contre-chant, donnant l’impression qu’un mini orchestre est à l’œuvre.

Seul regret, que le duo n’ait pas plus utilisé le chant de Jana Arns dont la voix irréelle s’élève à la fin de ‘Insomnijana’, se dédoublant en deux mélodies aussi rêveuses l’une que l’autre pour se terminer dans un fade out arrivé bien trop tôt à mon goût. Une autre façon de diversifier une œuvre à la musique délicate, à la fois classique et contemporaine, audacieuse sans être hermétique, que tout mélomane à l’esprit un peu ouvert se doit d’écouter.

Plus d’informations sur https://www.bastamusic.net/

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