Quatremille – Cécile Botton – 19/09/2017

Aurélie Charneux, une artiste passionnée, ô combien passionnante !

Venez la découvrir au TempoColor avec Odessalavie, ce 22 septembre à 17 h!

 

À l’occasion de la sortie de son album « La mère de nos mères », Quatremille est parti à la rencontre d’Aurélie Charneux, une artiste passionnée, ô combien passionnante !

Suite à l’interview, j’ai eu la chance de recevoir dans ma boite aux lettres son CD, ou plutôt son livre-CD. Aurélie avait tellement attisé ma curiosité que j’étais pressée de l’écouter ! Je l’ai directement emporté dans ma voiture et inséré dans le lecteur… Mes premières écoutes se sont arrêtées sur la mélodie qui procure un bien-être certain et sur cette voix chaude prononçant des mots « slamés » bien surprenants : « nanotechnologie, Botox, anthropopithèque, SDF, BCBG, footballeur, nonobstant, mammouth, technocrate… », sans oublier les verbes d’un genre nouveau : « se dinosaurer, météoriter, fukushimer… » et j’en passe… Un imbroglio pas possible… une belle mise en bouche qui m’a ouvert l’appétit !

Il fallait absolument que je me pose… un casque sur les oreilles, le livre en main afin de prendre toute la mesure de ce petit chef-d’œuvre ! Qu’est-ce qui se cache derrière tous ces mots ? Eh bien, j’y ai découvert des textes chantants où second degré rime avec jeux de mots, sans faire fi d’une profondeur qui nous emmène sur le chemin de la réflexion. Quid de nos aïeux, de l’évolution de notre Terre, de ses habitants… ? De tout cœur, je vous invite à pénétrer dans ce petit bijou hors norme qui ne manquera pas de susciter le débat autour de vous !

En attendant, je vous livre les propos d’Aurélie…

Quatremille : Quelle est ta punchline ?

Aurélie : Je ne me pose pas la question de savoir si c’est actuel ou pas… Peu importe, c’est la sincérité qui compte, être là et donner ce que j’ai à donner aux gens !

Quatremille : Lorsque je regarde ton parcours artistique, un mot me vient à l’esprit : éclectique. Et toi, comment le perçois-tu ? Qu’est-ce qui t’a poussé à ouvrir les horizons ?

Aurélie : À la base, je suis une clarinettiste classique. J’ai étudié aux conservatoires de Mons et de Liège. J’ai suivi une formation classique avec l’optique de rentrer dans un orchestre… mais souvent en commençant ses études, on ne sait pas quelle direction on prendra par la suite. Au Conservatoire royal de Liège, j’ai rencontré des gens qui m’ont ouvert d’autres horizons, notamment Garrett List (Orchestra Vivo !), professeur d’improvisation libre. J’ai également découvert la musique klezmer, musique juive originaire d’Europe de l’Est, qui m’a passionnée, et je me suis mise à en jouer. Maintenant, ça fait 15 ans que je compose dans différents styles… Chacun d’eux a ajouté une couche à mon expérience… On peut dire que toutes ces facettes font partie de ma personnalité. J’ai mon style que j’adapte pour divers types de musique au gré de mes envies. Ici, en l’occurrence, La mère de nos mères est le projet le plus abouti qui, justement, réunit toutes mes influences.

Quatremille : Qu’est-ce qui te relie aux différentes formations dans lesquelles tu joues/as joué : Les Anchoises, Klezmic Zircus, Odesslavie, Les Fous de Saint-Fol ou encore Vivo ?

Aurélie : À part Vivo, j’ai fondé tous ces groupes… alors, chacun d’eux est une partie de moi. Je me suis entourée de gens avec qui j’aime bien travailler. Ce qui compte, c’est que je sois à l’aise avec ces personnes. Quant au style, c’est fort éclectique. Les Fous de Saint-Fol, c’est plutôt du jazz swing. Odessalavie, tout comme Klezmic Zircus, c’est du klezmer, tandis qu’avec les Anchoises, nous explorons des tubes à la manière d’un juke-box. Enfin, Vivo pour qui je compose, est plutôt un cas à part. À l’origine, c’est Garrett List qui a eu envie de réunir des musiciens liégeois créatifs afin de fonder un orchestre. D’ailleurs, tant Klezmic Zircus que Vivo sont des laboratoires de création et d’improvisation. Ce sont des endroits où je peux tester des choses différentes à la fois comme compositrice et interprète. Ces deux facettes et ces diverses expériences m’ont permis de concrétiser mon dernier projet.

Quatremille : Qu’est-ce qui t’attire dans ces univers un peu décalés ?

Aurélie : Ce n’est pas que ça m’attire…, c’est moi qui les crée ! J’ai besoin de ces différentes facettes de la musique : être à la fois dans la création, dans l’improvisation et dans l’interprétation afin de toucher les gens avec ma clarinette, un instrument peu couru, mais qui parle ! Quel que soit le style, c’est l’expressivité de l’émotion qui m’importe ! J’aime le klezmer, une musique très expressive où on trouve la nostalgie, la joie, la tristesse et l’ironie. Dans les Anchoises, j’aime toucher les gens en leur jouant des musiques populaires avec des instruments peu courants. Mon envie première, c’est de susciter des émotions avec mon instrument qui ne se prête ni à la pop ni au rock… Alors, j’ai créé mon propre style !

Quatremille : Comment ton dernier projet est-il né? Pourquoi avoir choisi Lucy Nemorosa comme « emblème » ?

Aurélie : Depuis très longtemps, la préhistoire me fascine… Tiens, par exemple, qu’a-t-on comme points communs avec eux ? Et puis, dans la façon dont j’ai éduqué mes enfants, la façon dont je me positionne face à plein de choses, souvent, je me dis : « mais comment faisaient-ils à cette époque-là » ? Alors, pour l’écriture des textes de ce projet, j’ai eu envie de m’inspirer des hommes des cavernes, ou plutôt des femmes puisque j’en suis une…, mais ce n’est pas exclusif. Je voulais aussi voir le lien qui existe entre l’humanité d’aujourd’hui et celle de nos ancêtres. C’est à partir de cette idée que j’ai commencé à écrire mes textes. Depuis longtemps, ce sujet me tient à cœur et là, j’ai voulu l’explorer en associant textes et musique !»

Quatremille : Dans sa chronique, Philippe Thirionet parle de « projet hors norme, hors des concepts habituels » Où es-tu allée chercher l’inspiration pour concevoir « quelque chose de tout à fait à part et hors des sentiers battus »?

Aurélie : Dans ce projet, j’ai voulu être la plus sincère possible par rapport à ce que j’avais envie de faire ici et maintenant ! J’ai cherché la meilleure forme et je suis arrivée à un concert différent. Il ne s’agit pas de morceaux qu’on applaudit, mais d’une heure de musique non-stop. Ce concept n’est pas courant, il relève davantage d’un spectacle musical. J’ai ressenti le besoin de dire mes textes dans une espèce de slam acoustique puisque nous utilisons des instruments acoustiques qui sont chaleureux et qui font « préhistorique », enfin avec beaucoup de guillemets ! Les percussions de Stephan Pougin, le violoncelle de Marine Horbaczewski et ma clarinette, la façon dont nous les utilisons… J’essaie que ce soit très, très basique. Il n’y pas d’électronique, ce sont des instruments en bois, chaleureux, qui peuvent évoquer une musique très ancienne même si elle ne l’est pas. C’était ce dont j’avais envie. À partir de là, j’ai cherché des sons, des rythmes, des mots pour que les gens aient l’impression d’être plongés dans la caverne de Lucy. De ce fait, j’ai recherché une forme particulière : ce n’est pas un concert ou un spectacle, ou des chansons… C’est un mélange de tout ça.

Quatremille : Quel retour as-tu reçu de la part du public, des médias après la présentation du projet à « Prem1ère Esquisse » et ici dernièrement à Huy ?

Aurélie : En gros, j’ai eu de très bons retours, la plupart des gens sont étonnés, interpellés, émus. Beaucoup me disent : « Waouh, ça m’a fait du bien d’avoir l’occasion de réfléchir sur des questions essentielles comme « Qu’est-ce qu’on fait ici ? », « Que nous reste-t-il de notre humanité, animalité, essence ? » … ». Comme la musique est très englobante, assez calme, très confortable, les gens sortent en se sentant bien. Ici à Huy, plusieurs programmateurs étaient positifs. Et puis ceux qui me connaissent sont agréablement surpris par ce changement, ils trouvent que c’est courageux d’oser quelque chose de plus intime, qui n’est pas festif mais qui incite à la réflexion. Voilà, de chouettes retours!

Quatremille : Pour l’année 2017/2018, le projet est programmé par les Jeunesses Musicales. Quel sera le public ciblé ? Que voudrais-tu transmettre aux jeunes qui assisteront au spectacle ?

Aurélie : A priori, il touchera les élèves des trois dernières années du secondaire. En fait, j’aimerais que les textes soient utilisés par les professeurs de français, d’histoire, de philosophie ou de sociologie. L’idée, c’est de voir comment des ados peuvent les recevoir, les vivre et les analyser dans le cadre d’un cours. En tout cas, je pense que ça peut être un point de départ pour mener des réflexions avec eux. Ce qui peut être chouette, c’est qu’ils ne seront pas forcément d’accord avec ce que je dis. Ça permettra d’ouvrir le débat et c’est à ce moment que ça devient intéressant.

Quatremille : En tant que Liégeoise d’adoption, quelle influence cette ville a-t-elle eu sur ton parcours d’artiste ?

Aurélie : Je suis originaire de Mons, mais il y a 20 ans que je suis ici. Je suis d’ailleurs très contente que Liège soit apparue dans ma vie et d’y être restée. J’y ai fait des rencontres musicales que je n’aurais pu faire à Mons, qui est bien plus petite ! C’est à Liège que j’ai appris à improviser avec des gens que je connaissais ou non, des jeunes ou des vieux… Au Conservatoire, j’ai rencontré des personnes qui m’ont vraiment marquée par leur mélange de styles. Dans la musique, j’ai d’ailleurs l’impression que c’est une des caractéristiques positives de Liège. Nous sommes tous des électrons libres et nous aimons bien mélanger les choses. Il n’y a plus de style « pur ». En fait, nous nous nourrissons de plein de styles ! C’est un des aspects de Liège que j’aime beaucoup, tout comme sa mentalité, son côté festif et bon vivant !

Quatremille : Où pouvons-nous suivre l’évolution de ce projet ou, de manière plus générale, de tes projets en cours ?

Aurélie : Il y a d’abord l’album La mère de nos mères qui vient de sortir, et puis ma page Facebook « Aurélie Charneux » et mon site : http://aureliecharneux.blogspot.be/

Quatremille : Plus personnellement, quelles sont tes actualités à venir ?

Aurélie : En région liégeoise, voici mon agenda de l’année :

Avec Odessalavie, le 22 septembre, nous jouons à quatre au TempoColor, le 19 octobre à L’Académie de Malmédy, le 20 octobre sur la Péniche « Le ventre de la Baleine » (Liège).
Avec La mère de nos mères, le 2 décembre aux Chiroux, le 23 mars sur la Péniche « Le ventre de la Baleine » (Liège).
Quatremille : Merci !

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https://quatremille.be/aurelie-charneux-artiste-passionnee/

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