L’Avenir – Nathalie BOUTIAU

Aurélie ou l’explosion sonore en retenue

Deuxième soirée du festival d’Art à Huy avec la carte blanche confiée à Aurélie Dorzée pour un moment tout en retenue.

Écrire une carte blanche est une drôle d’expérience, finalement. Aucune place n’est laissée au hasard et rien n’est pourtant vraiment calculé. Elle fait figure de première et puis, elle est perdue… Celle du festival d’Art de Huy, confiée à la Nandrinoise Aurélie Dorzée proposée jeudi au Couvent des Frères Mineurs, tient de ce langage musical qui ne veut rien dire et tout raconter. Comme pour percer, dans cette universalité, le secret original de la musique.

Ouverture et diversités sonores sont ici les balises affichées d’une soirée qui préfère à l’abondance, la clarté d’une ligne épurée sur laquelle chaque invité apporte sa couleur musicale. Mais doucement! Car il est question d’univers sonores et d’une identité que chacun doit préserver.

Le premier invité est donc Tom Theuns. «Trois notes et c’était le flash musical et puis après… ça ne vous regarde pas!».

Violon trompette, voix pour un premier morceau: Trad en duo. Partie sur la pointe du cœur pour un voyage de l’autre côté du miroir, la musicienne emmène son public aux confins d’un monde où tout est encore à inventer. Humour, poésie, fantaisie, sérénité, virtuosité, la langue reste primitive, celle du rêve et de l’émotion. L’art de voler, titre éponyme de son dernier album, berce les secondes jusqu’à cette dernière qui fait voler.

Deuxième invité pour un moment tout en retenue encore, le percussionniste Stephan Pougin. Sons, onomatopées, la voix emprunte différentes tessitures avec La java de la truite pour un folklore pressenti surréaliste. Autre voyage en terres lointaines avec Serigne CM Gueye et un Dessous son sac dans sa version originale et humaine.

Généreuse, la carte blanche s’autorise aussi des moments de grâce qui ouvrent sur cette dimension inspirée par la beauté. Comme c’est notamment le cas avec la prestation de la soprano Laure Delcampe dans son interprétation d’un Ave Maria transfiguré. On est loin ici des cartes blanches festives déjà rencontrées au Couvent. Mais à y réfléchir, l’aventure est avant tout humaine, chacun apportant son univers, sa culture, aussi.

Tout et son contraire, en somme. Ce qui est encore le cas avec Bernard Massuir, théâtral et enfantin, Max Vandervost, explorateur sonore et, coup de cœur d’Aurélie, le poète et chanteur Areski Belcacem.

Restait le final comme une explosion de tous ces univers différents pour n’en faire qu’un avec un Carmen de Bizet réinventé après un bel hommage rendu à Thérèse de Lisieux.

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