BAZAR – Gilles Bechet

Leur dernier disque s’appelle L’art de voler. Sans doute pour voler au dessus des frontières et proposer une musique qui vagabonde entre les genres. C’est entendu, Aurélie Dorzée et Tom Theuns viennent des musiques du monde, mais chez eux le folklore est une inspiration plus qu’un modèle à reproduire.

C’est leur cinquième album ensemble. Leur groupe, Aurélia, s’est allégé pour se stabiliser à un duo. Elle joue du violon-trompette et de la viole d’amour, lui de la guitare et du mandocello. Et ils chantent tous les deux. On avait envie de quelque chose de très nature. Très intime et très doux, comme si on jouait dans l’oreille de quelqu’un. précise Aurélie.

Mélodiquement variées, les chansons passent l’air de rien d’un tango, à une tarentelle ou à une valse musette. Pour les textes, le duo peut adapter Charles d’Orléans dans Le temps a laissé son manteau ou Goethe avec Erlköning. Tom y chante avec malice cette adaptation du sombre poème sur le Roi des Aulnes sur une sautillante tarentelle italienne.

Ça ne fait pas très longtemps qu’Aurélie écrit des chansons. J’ai toujours été attirée par les mots, mon papa était poète. Ce que j’ai envie de dire est important, mais je cherche, j’explore pour créer des images intéressantes. Une concision qui fait mouche dans l’entêtante et irrésistible Laïla. Inspirée par le sort des femmes lapidées, la chanson tangue et elle chante Laïla sous son sac, la lumière black, Laïla sous son sac, la poussière claque..

Sur de précédentes cartes de visite musicales, elle lâchait qu’elle était l’affabuleuse, la foldingue, celle qui a du vent dans la tête. Un vent de liberté certainement qui danse avec les mots et les cris inventés qu’elle lâche parfois par dessus son archet. Une ambiance aussi qui cousine avec les chansons d’une autre folle, Brigitte Fontaine, dans sa période Saravah à qui l’on pense parfois en écoutant ce disque. Une influence tout à fait assumée jusque dans les glissades de joie de Tout va bien !

A la demande des Jeunesses Musicales de France, Tom et Aurélie ont écrit Pipa Polo, où le duo raconte en musique le voyage de la fille de Marco Polo partie retrouver son père retenu en Chine. Dans ce spectacle qu’ils vont promener en France pour 150 dates en scolaire, ils revisitent les musiques des contrées traversées par la route de la soie. Aurélie et moi on a beaucoup écouté les musiques du monde, c’est notre vocabulaire. Quand je fais un tajine, je mets de la Trappiste et des épices indiennes et ça marche. En musique c’est pareil.

16/10/2015

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