Boogie Woogie en roue libre à Huy ! – Thirionet Philippe

Dans le cadre du Home Records Festival, cette soirée du samedi 8 octobre était entièrement consacrée au Boogie Woogie, courant musical à part entière et intégré au Blues. Pour ce faire deux formations les plus originales l’une que l’autre ont donc fait vibrer le Centre Culturel de Huy grâce aux gammes rapides des pianos, mais aussi grâce aux percussions et autres instruments exotiques. Traversant le temps avec la formation Zanzibar et l’improbable trio Volondat/Patigny/Crols, le label liégeois nous a proposé une soirée colorée et endiablée !

Mais avant tout revenons aux racines en expliquant en quelques mots ce qu’est le Boogie Woogie (je mets les styles musicaux en majuscules par respect), une manière pianistique de jouer le blues en jouant différemment d’une main à l’autre (la gauche pour les accords et la droite servant à l’improvisation) qui prend corps dès le siècle dernier. Des pianistes noirs parqués dans des campements d’ouvriers au sud des USA décident d’inventer un jeu plus rythmé et plus rapide sur le piano. S’ensuit la migration de nombreux jeunes musiciens en herbe vers les grandes villes américaines comme Chicago, pour finalement développer le style dans années 20 et 30. Le pic de popularité sera alors atteint à partir de 1940, avec entre-autre l’avènement des Big Bands.

Mais revenons à nos moutons (à notre Boogie Woogie) avec un Centre Culturel bien rempli pour la circonstance, qui accueille tout d’abord le groupe Zanzibar au sein duquel on retrouve l’infatigable pianiste et « humoriste » Renaud Patigny. Cette figure emblématique s’encanaille pour la circonstance de trois acolytes pour former une improbable fusion entre le blues et les racines traditionnelles de l’Afrique. Pour ce faire il s’adjoint les services de Désiré Ntemere (chanteur burundais), Kankan Bayo (percussionniste guinéen) et Geneviève Dartevelle qui s’occupe de l’harmonica et du didgeridoo (long instrument en bois joué par les aborigènes d’Australie). Cette étrange équipe qui présente un panel artistique des plus colorés va donc nous interpréter un Boogie Woogie chargé d’exotisme et d’humour où, les racines provenant de Chicago vont rencontrer celles du Burundi ou d’autres contrées africaines.

Chantant soit en Kirundi, soit en français ou en anglais, Désiré nous fait voyager à travers l’Afrique ou l’Amérique, ici aidé de ses comparses qui imprègnent sur scène des rythmes endiablés offrant au public un spectacle haut en couleurs ! Monsieur Patigny est à la fois aussi fort dans son jeu des claviers (piano, orgue ou xylophone) que pour son humour débordant, ce dernier étant manifestement communicatif. Si le travail aux percussions de Kankan est remarquable d’agilité et de rapidité, Geneviève enchante l’assemblée grâce à son très beau travail à l’harmonica (un jeu qui me rappelle les grands songwriters américain ou canadien comme Neil Young).

Voilà donc une première partie chaude à mourir qui nous promet une suite encore plus particulière où, l’arrivée d’un monstre sacré du piano va littéralement nous clouer le bec grâce à son grand talent et son grand humour. Monsieur Pierre Alain Volondat est un véritable extraterrestre car il est le seul à avoir décrocher (en 1983) 3 prix et une médaille aux prestigieux concours internationales Reine Elisabeth ! Véritable virtuose c’est donc une aubaine de pouvoir l’écouter, en plus en compagnie du pianiste Renaud Patigny et du jeune artiste Renaud Crols (piano et violon).

Une équipe de choc qui démarre dans la bonne humeur et l’humour par un solo de piano de Renaud Patigny, suivi d’un récital au piano de Pierre Alain Volondat, qui laisse toute l’assistance bouche-bée ! Car même celui qui n’est point amateur de musique classique, ne peut qu’adhérer à un tel niveau d’exécution. Pendant de longues minutes le temps s’est arrêté, laissant place à un exercice technique hors du commun ! Le public reprenant son souffle, les trois comparses s’associent alors sur scène pour nous proposer un Boogie Woogie soit à quatre mains soit à six mains (sur deux pianos !) où Renaud Crols tire son épingle du jeu via son violon. Reprenant plutôt les racines européennes de la musique (Zanzibar nous ayant proposé celles venues d’Afrique), le trio voyage à travers le temps nous ramenant soit en 1927 soit en 1947 en nous proposant de nouveaux arrangements de grands classiques de l’époque. L’humour reste aussi de mise sur scène avec un Pierre Alain Volondat jonglant avec les calembours et les jeux de mots légèrement douteux (humour potache), le trio nous offrant un concert sous forme de sonates légèrement bluesy !

Pour le grand final, le trio invite ses petits camarades de Zanzibar à monter sur scène, pour interpréter deux derniers morceaux endiablés (dont un rappel) où, chaque artiste y est allé de son petit solo ! Voilà donc une super soirée qui m’a fait découvrir un autre courant musical garant de l' »Histoire ». Remercions comme il se doit les artistes, le personnel du Centre Culturel et l’équipe du label Home Records.

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