www.lalibre.be – SOPHIE LEBRUN

Le rendez-vous hutois est, on s’en émerveille chaque année et on ne se lasse pas de le répéter, un événement à part dans le grand souk des festivals estivaux. Cela tient à la fois à sa programmation originale (essentiellement world et trad), à son cadre intimiste (300 places) et magnifique (le cloître du Couvent des Frères Mineurs, couvert pour l’occasion) et à la qualité d’écoute qu’il offre (public assis, attentif). Ici, le concept de “carte blanche” proposé à un artiste n’est pas galvaudé. L’intéressé a coutume de prendre à coeur l’invitation et d’en faire une véritable fête musicale emplie de surprises. Ce fut le cas jeudi avec la violoniste et chanteuse Aurélie Dorzée, dont le parcours artistique, il faut le dire, est lui-même haut en couleurs et en émotions, en détours et collaborations (trad, world, chanson, classique…). La preuve par les quatre beaux albums qu’elle a publiés sous le nom Aurélia (trio) et le cinquième qui vient de sortir (“L’art de voler”) sous la bannière Aurélie Dorzée & Tom Theuns – guitariste et chanteur gantois qui est son compagnon à la scène comme à la ville.

Soprano et sonnettes de vélo

Bienvenue donc, ce soir, dans l’univers sensible, poétique, décalé, sans frontières, d’Aurélie Dorzée. “Certaines destinations sont inconnues, le voyage ne suivra pas une ligne droite, et sera parsemé de secousses”, prévient d’ailleurs l’artiste. Elle-même va alterner violon, violon-trompette et viole d’amour et tantôt chanter, tantôt laisser le micro à l’un de ses invités. Musiciens et chanteurs issus de tous bords, ils se joignent l’un après l’autre, puis vont et viennent, à la douce fête d’Aurélie Dorzée qui va durer plus de deux heures trente (en deux parties). Il y a là Tom Theuns, le batteur Stephan Pougin, le percussionniste sénégalais Serigne CM Gueye, la soprano Laure Delcampe, le chanteur-clown Bernard Massuir, le pataphoniste (lutherie sauvage) Max Vandervorst et le chanteur français Areski Belkacem accompagné de Delphine Chuillot (au chant également). Sacré casting qui va tour à tour jouer les gracieux troubadours, artistes de cabaret burlesque, acrobates vocaux, trio trad inspiré, orchestre bigarré ou vibrant choeur de partitions classiques réarrangées, cela sans tomber dans le kitsch ou le pataud, ni perdre de vue la qualité musicale de l’ensemble. On pourra regretter quelques longueurs, quelque flottement (du côté d’Areski Belkacem notamment), mais, au final, c’est à un vibrant et mémorable voyage musical et poétique que le public hutois aura été convié.

Entre autres moments magiques, citons l’“Ave Maria” de Schubert magnifiquement revisité et, dans un autre genre, la joyeuse reprise de l’inoxydable “Vous et Nous” de Brigitte Fontaine et Areski Belkacem. Le “Délié” final, aux sonorités africaines, clôt en beauté un spectacle qui aura aussi été marqué par les délicats duos formés par Aurélie Dorzée et ses convives (avec sa moitié Tom Theuns en particulier), et l’apport musicalo-bricolo-poétique de Max Vandervorst. Ses fabuleux instruments créés à partir d’objets du quotidien (morceaux de vélo, gourdes, arrosoir, conserves…) font merveille dans l’univers d’Aurélie Dorzée. Fourche de vélo, pieds de chaise et détecteurs de métaux ne seront plus jamais des objets anodins aux yeux du public réuni à Huy jeudi.

Festival d’art de Huy (musiques et voix du monde), jusqu’au 23 août. www.huyartfestival.be

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